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Fondateur et directeur du Festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, spécialiste de R.L. Stevenson, Michel Le Bris a collaboré avec l'association pour la création de l'exposition Voyage avec Robert Louis Stevenson.
Il la conclut par ces quelques lignes :

Stevenson, l'inventeur du « travel wrinting »
"Le Dehors guérit", "tout récit de voyage réussi est un fragment d'autobiographie" : en deux phrases, l'amorce d'une conception nouvelle du récit de voyage, où l'expérience du Dehors se transmue en aventure intérieure, mais l'aventure d'un moi transformé, révélé à lui-même par l'épreuve du monde, et de l'autre. Stevenson, le père de tous les « travel writers » modernes.
Travel writing : récit de voyage / travel writers : auteurs de récits de voyage

Un essayiste de génie
"Les remarques les plus intelligentes jamais écrites sur la littérature" (Nabokov)

"Je crois qu’on n’a jamais rien écrit de plus beau - et de plus profond" (William James)

"Quant à moi, je place au-dessus de tout Un chapitre sur les rêves" (Borgès)

Stevenson, d’abord, fut un essayiste de génie qui renouvela de fond en comble la réflexion sur le roman. Henry James s’en inspira directement dans son Art de la fiction, que l’on donne comme le texte inaugural de la modernité littéraire. Et Borgès le reprit presque mot à mot dans sa préface à L’invention de Morel que l’on dit à l’origine du réalisme magique sud-américain.

Un romancier révolutionnaire
Technique du suspense et de la description progressive, substitution des impressions aux descriptions, technique du “point de vue” (deux dans L’île au Trésor), emboîtement des récits, dislocation des personnages, éclatement du sujet (Dr. Jekyll et M. Hyde) : sous la forme apparemment lisse du roman d’aventure, une révolution littéraire, rien moins que l’entrée dans la modernité — l’aventure, pour Stevenson, est la forme du roman non sa matière. Quand un groupe de jeunes écrivains, dressant le constat d’une agonie du roman français, créent en 1909 la Nouvelle Revue Française, c’est vers les exemples de Stevenson et Conrad qu’ils se tourneront, pour la chance d’un renouvellement…

Une destinée singulière
Encensé, tenu pour un génie par les plus grands écrivains et pendant des décennies ignoré par une critique arrogante qui entendait le cantonner à la chambre des enfants : singulière aura été sa destinée.

Henry James, Jorge Luis Borgès, Marcel Schwob, Antonin Artaud, Stéphane Mallarmé, Marcel Proust, W.B. Yeats, Herman Hesse, Bertold Brecht, Gerard Manley Hopkins, Pierre MacOrlan, John Steinbeck, Graham Greene, Italo Calvino, Angelica Carter, JMG Le Clézio, Nicolas Bouvier, Alvaro Mutis, Antonio Tabucchi : la liste serait longue à établir, des écrivains qui ont été un jour illuminés par l’oeuvre de Stevenson.

Comme s’il avait quelque chose à nous dire de la fiction, cet éternel bohémien, quelque chose d’essentiel aux écrivains et trop souvent oublié par la critique…